Favoriser les plantes messicoles

Quelles sont les pratiques culturales favorables ?

 

Le maintien de groupements messicoles dans leurs habitats au sein d’un système productif implique, de maintenir les espaces agricoles dans lesquels on retrouve ces plantes et de choisir un ensemble de pratiques agricoles adaptées. Plus que l’application de pratiques particulières, c’est la réduction de l’intensité des pratiques agricoles utilisées qui apparait importante pour conserver les plantes messicoles.

 

La réduction ou l’abandon des herbicides

Le désherbage est la pratique qui a l’effet négatif le plus direct. Les herbicides éliminent les plantes messicoles dès la germination. La réduction du nombre de passage d’herbicides voire leur abandon est donc une condition du maintien des plantes messicoles.

L’utilisation de doses de produits  inférieures à celles recommandées peut permettre un contrôle satisfaisant des adventices indésirables sans impacter trop fortement les espèces messicoles. De même les parcelles de céréales traitées à pleine dose qu'une seule fois présentent un nombre de plantes messicoles plus important.

En cas d’infestation limitée à une petite surface, un traitement peut être appliqué de manière localisée. Les plantes messicoles menacées étant majoritairement des dicotylédones, un traitement sélectif anti monocotylédones peut être utilisé pour lutter contre certaines espèces problématiques.

Enfin, si la technique du faux semis, avec une destruction mécanique des germinations d’adventices, est néfaste pour les messicoles à germination précoce, elle peut être utilisée comme alternative lorsqu’elle est intégrée à une séquence de pratiques favorables aux plantes messicoles.

 

Une fertilisation limitée

L’emploi d'engrais azotés et d'amendements enrichit les sols, favorisant ainsi la présence d’espèces nitrophiles au détriment des plantes messicoles plus oligotrophes. Des apports d’intrants limités conviendront au maintien des conditions chimiques et biologiques du sol répondant aux exigences des plantes messicoles (milieux calcaires et sols pauvres).

 

Travail du sol limité en profondeur

La profondeur de travail du sol et l’outil utilisé conduisent à une sélection des espèces en fonction de leurs caractéristiques biologiques. Un labour profond sélectionne des espèces à graines dormantes de longévité importante, qui sont capables de survivre et de germer lorsqu’elles seront remontées à la surface tandis que les graines à durée de vie courte seront incapables de germer. À l'inverse, le non-labour sélectionne les annuelles qui ne requièrent pas d'enfouissement des graines. L’abandon de tout travail du sol et la pratique du semis direct favorisent les espèces vivaces.

Un travail du sol annuel et superficiel (inférieur à 20 cm) est favorable aux plantes messicoles et limite le développement d’une flore herbacée à reproduction végétative.

Si un travail plus profond est nécessaire afin de décompacter le sol, le labour peut être remplacé par l’utilisation de décompacteurs ou sous-soleuses à dents qui permettent d’obtenir une terre plus fine sans retourner le sol et par conséquent sans enfouir profondément les graines présentes.

Pour les vivaces comme les tulipes, le travail du sol permet de séparer les bulbes comme pourraient le faire les animaux fouisseurs en milieu naturel ; il est donc conseillé là encore d’effectuer un labour superficiel ou un décompactage pour les maintenir.

Rotations favorables

Les plantes messicoles ont un cycle similaire à celui de cultures annuelles et sont par conséquent adaptées à des rotations courtes privilégiant les céréales d’hiver. D’autres cultures favorables peuvent être incluses dans la rotation comme le colza, le lin d’hiver ou des légumineuses à semis automnal.

 

Origine et tri des semences

Le re-semis de semences fermières favorise la dispersion des messicoles dans la mesure où elles sont peu ou pas triées. Cette pratique reste autorisée en France à condition qu’il n’y ait ni vente ni échange et se rencontre fréquemment dans les exploitations en polyculture-élevage.

 

Conservation des chaumes

Un déchaumage précoce a des impacts sur les plantes messicoles à floraison tardive, comme la Nigelle de France (Nigella hispanica var. parviflora) ou le Pied d’alouette de Bresse (Delphinium verdunense). Conserver les chaumes de céréales jusqu’à la fin de l’été leur permet de fructifier et ainsi de se maintenir.

L’importance des bordures de champs

Moins perturbés par les pratiques culturales, avec une densité de culture parfois plus faible, les bords de champs constituent des zones propices au maintien de la diversité floristique. Une réduction de l’intensité des pratiques en bordure de parcelle peut ainsi favoriser les plantes messicoles.

 

Pour aller plus loin
Burel, F., Garnier, E., Amiaud, B., Aulagnier, S., Butet, A., Chauvel, B., ... & Lescourret, F. (2008). Chapitre1. Les effets de l’agriculture sur la biodiversité. Agriculture et biodiversité. Valoriser les synergies, Expertise scientifique collective, synthèse du rappport, INRA (France).
Dessaint, F., Bardet, O., Cambecedes, J., Darmency, H., Guillemin, JP., Huc, S., Jammes, D., Pointereau, PH. & Rodriguez, A. (2016). Quelles pratiques agricoles pour préserver les peuplements riches en espèces messicoles ? Afpp–23e conférence du columa journées internationales sur la lutte contre les mauvaises herbes dijon.
Kleijn, D., & van der Voort, L. A. (1997). Conservation headlands for rare arable weeds: the effects of fertilizer application and light penetration on plant growth. Biological Conservation, 81(1-2), 57-67.
Pointereau P. (2010). Analyse des pratiques agricoles favorables aux plantes messicoles en Midi-Pyrénées. Conservatoire Botanique des Pyrénées et de Midi-Pyrénées. Rapport technique final, 118 p.
Rotchés-Ribalta, R., Boutin, C., Blanco-Moreno, J. M., Carpenter, D., & Sans, F. X. (2015). Herbicide impact on the growth and reproduction of characteristic and rare arable weeds of winter cereal fields. Ecotoxicology, 24(5), 991-1003.